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CHAPITRE V

1763 — 1840


Les Canadiens de l’Ouest, du Mississipi, du Texas, du Nord-Ouest, de la Colombie Anglaise et de la Californie.

A

u cours de plusieurs chapitres précédents, nous avons fait remarquer le mouvement d’émigration des Canadiens qui commença à se produire vers l’année 1678, alors que la France cessait de nous envoyer des colons. Depuis deux siècles, cet exode ne s’est point ralenti ; il a plutôt acquis de l’intensité. Le voyageur qui visite les vastes États de l’union américaine est partout étonné d’y voir des établissements canadiens, dont un bon nombre datent de longtemps et non seulement subsistent mais se développent au milieu de l’élément absorbant qui compose la grande république.

Vers la fin du dix-huitième siècle, nos gens étaient déjà répandus dans les États-Unis de l’Est. Isaac Weld et le duc de LaRochefoucauld, écrivant tous deux en 1795, parlent des Canadiens engagés dans les familles américaines. On en rencontrait jusqu’en Virginie. Encore actuellement, il y a dans le Maryland toute une colonie de nos compatriotes qui remontent à trois générations dans ces endroits. Plusieurs de ces familles vivent dans l’aisance.

« Pendant notre séjour dans le Haut-Canada, dit La Rochefoucauld, nous avons eu occasion de voir la caravane d’une famille de Canadiens émigrant pour la rivière des Illinois. Le mari avait été reconnaître, l’été d’avant, l’établissement. Il allait alors y fixer toute sa famille. Cet homme, sa femme et quatre enfants, étaient embarqués dans un canot d’écorce, long tout au plus de quinze pieds et large de trois. Le père et la mère pagayaient à chacun des bouts de la pirogue ; les quatre enfants étaient assis ou couchés sur les matelats ou autres effets de ces bonnes gens ; le plus âgé pagayait aussi, et tous poursuivaient, en chantant, ce voyage de onze cent milles au moins. C’est à Newarck (Niagara) que nous les avons rencontrés ; ils côtoyaient les bords, des lacs et des rivières, s’arrêtant tous les soirs, élèvant une