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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

en comparaison de ceux-ci. En descendant de Montréal, et sur plusieurs lieues, les maisons sont tellement rapprochées les unes des autres qu’elles font penser à un village s’étendant sur tout ce parcours. Ces maisons ont une apparence remarquable de properté, et même dans le plus petit village il y a une église, que l’on entretient avec un soin jaloux… Vous rencontrez un village et une église à peu près toute les lieues… Il n’y a pas de province dans l’Amérique du Nord où un voyageur se trouve traité plus commodément que sur la route de Québec à Montréal. Une série régulière de maisons de postes existe tout le long de la route ; on s’y procure des calèches ou des carrioles, selon la saison. Chaque maître de poste tient quatre de ces voitures, sans compter qu’il tire de l’aide de ses voisins qui sont entendus avec lui pour cela. Il est obligé, durant les heures du jour de se tenir prêt à quinze minutes d’avis et la nuit sous une demi-heure. La traite est de deux lieues à l’heure, à raison d’un chelin par lieue… Bien que le froid soit intense, les Canadiens le supportent parfaitement, parce qu’ils savent comment s’en garantir. Ils ont des poêles qui chauffent et tiennent leurs demeures aussi comfortables qu’on peut le désirer. Chaque grande maison compte quatre ou cinq de ces poêles, tant dans le passage d’entrée que dans les chambres du rez-de-chaussée. Ils ont aussi des feux de cheminées et de grille, mais plutôt par luxe qu’autrement. Les doubles portes et les doubles châssis des fenêtres coupent parfaitement le vent. Les panneaux des fenêtres sont suspendus sur des pentures et s’ouvrent par le milieu comme des portes, ce qui vaut mieux que les fenêtres à guillotine. Lorsqu’ils affrontent l’air du dehors, les habitants sont chaudement vêtus. La coiffure couvre les oreilles et le derrière du cou et même la majeure partie de la face, ne laissant exposé que les yeux et le nez. Leurs larges et épais vêtements recouvrent tout le corps, sans compter les mitaines, les manchons et les chaussures appropriées au climat. La masse des citoyens de Montréal est d’origine française, mais tous les marchands de quelque importance sont ou Anglais, ou Écossais ou Irlandais, ou descendants de ces trois races, lesquels passent tous aux yeux des Canadiens-Français pour des Anglais. Les Canadiens-Français ont conservé les manières et les coutumes de leurs ancêtres, aussi bien que leur langage ; ils ont une aversion insurmontable pour la langue anglaise, et il est très rare de rencontrer l’un d’eux parlant un semblant d’anglais. Toutefois, les citoyens anglais parlent la plupart un bon français… Sorel, qui ne renferme qu’une centaine de maisons, isolées les unes des autres, est la seule ville sur le Saint-Laurent, entre Montréal et Québec, où la langue anglaise prédomine. Les résidents sont des « loyalistes » des États-Unis réfugiés depuis la guerre. On y construit surtout des navires… Le principal commerce de Montréal est celui des pelleteries ; c’est de là que partent la plupart des fourrures expédiées du Canada en Angleterre. Ce genre de trafic est en partie aux mains de la compagnie du Nord-Ouest et en partie exercé par des compagnies particulières… Les canots de traite sont montés par des Canadiens-Français, tous très adonnés à ces courses et qui les préfèrent à la culture des champs… Deux mille hommes, à peu près, sont employés par la compagnie dans les postes des pays d’en haut… Des quantités de pelleteries sont exportées des Trois-Rivières et de Québec où elles arrivent par les rivières qui tombent du nord dans le Saint-Laurent… Les principaux articles d’exportation sont donc les pelleteries,