Page:Sulte - Histoires des Canadiens-français, 1608-1880, tome II, 1882.djvu/42

Cette page a été validée par deux contributeurs.


CHAPITRE III

1627 — 1629


Formation de la compagnie des Cent-Associés, dite de la Nouvelle-France. — Flotte anglaise sur le Saint-Laurent. — Reddition de Québec. — Familles restées dans le pays après le départ de Champlain.

R

i quelque chose pouvait consoler Champlain dans ces tristes conjectures, c’était la nouvelle heureuse et si longtemps attendue que l’administration du Canada passait aux mains d’une compagnie mieux inspirée que les associations précédentes. Un grand événement politique s’était produit en France durant les deux dernières années : Richelieu dirigeait les affaires du royaume. Ceux qui s’intéressaient au Canada pour le bon motif avaient trouvé ce ministre bien disposé en faveur de leurs projets. L’amitié d’un grand homme est un bienfait des dieux ; on peut dire aussi que sa protection est un bonheur pour les petits et les déshérités.

Armand J. du Plessis, troisième fils de P. du Plessis, seigneur de Richelieu, naquit à Paris en 1585. Destiné d’abord à la carrière des armes, sous le nom de marquis de Chillon, il embrassa l’état ecclésiastique lorsque son frère Alphonse eut renoncé à l’évêché de Luçon. Il succéda à ce dernier, fut sacré à Rome (1607), et se livra avec grand succès à la prédication. Nommé par le clergé du Poitou aux États-Généraux (1614), il s’y distingua par une rare éloquence, s’attacha à la reine-mère, Marie de Médicis, qui le créa son aumônier, puis au maréchal d’Ancre ; devint (1616) secrétaire d’État, de la guerre et des affaires étrangères ; prit part aux démêlés de Marie de Médicis avec son fils, Louis XIII ; fut obligé de se retirer d’abord dans son diocèse, puis à Avignon, où il passa deux ans, et composa plusieurs ouvrages de théologie. Le duc de Luynes, successeur du maréchal d’Ancre, le rappela et le fit nommer cardinal (1622). Poussé par la reine-mère, il entra au conseil (1624), malgré l’antipathie du roi. C’est alors que sa hauteur de vues et son habileté politique se manifestèrent dans tout leur éclat. Il commença par une alliance avec les Anglais et les Hollandais et une guerre heureuse contre l’Italie, à propos de la Valteline, province de Lombardie. L’extension de la puissance française en Europe fut le but de toute sa vie. Il battit les protestants de France qui avaient repris les armes (1625) ; mais, entravé par les misérables intrigues de Gaston duc d’Orléans, frère du roi, il eut recours à l’échafaud pour se débar-