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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/96

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LE JOUR ET LA NUIT


san lorenzo


 
Au-dessus du tombeau trône un guerrier nu-tête
Qui dresse un front de roi sur un buste d’athlète.
Tuniques et manteaux jusqu’aux hanches tombés
Laissent voir la poitrine aux grands muscles bombés,
Virils témoins d’un âge où la force est bien-mûre,
Et, sous le beau travail d’une opulente armure,
Les épaules, malgré le fardeau de l’airain,
Gardent l’aplomb tranquille et le contour serein.
Mais, un pied, retiré, l’autre en avant du siège,
Toujours prêt à surgir comme un dieu qui protège,
Et sans quitter le sceptre en paix sur ses genoux,
Tournant la tête, il parle à de plus forts que nous.

Plus bas, sur le versant d’une corniche étroite,
Un géant, c’est le Jour, couché, la tête droite
Et de face, le front brutal et soucieux,
Remonte son épaule au niveau de ses yeux.