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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/86

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— Les horreurs de ce lieu lui devenaient mortelles.
Il chancela bientôt, et ses puissants poumons,
Faits à l’air pur et sain des forêts et des monts,
Se gonflaient, réclamant cet air avec des râles,
Et ses tempes battaient, ses lèvres étaient pâles :
« Je veux sortir d’ici ! » Mais il se sentit choir,
Et connut ce que c’est que de ne pas pouvoir
Quand on a dit : Je veux, « Il faut bien que je sorte,
« Je ne veux pas mourir… » Et jusques à la porte
Par, un effort suprême il parvint à tâtons :
« Air sacré, jour sacré, lorsque nous vous goûtons,
Nous ignorons, dit-il, quels bienfaiteurs vous êtes,
Gaîté des vagabonds et force des athlètes ! »
Il se leva, songeant comme il est doux de voir
Et doux de respirer ! et combien le devoir
Est dur, et qu’on n’a plus d’air ni de jour sans trouble
Quand on a préféré, devant le chemin double
Du facile bonheur et de l’âpre vertu,
L’étroit sentier qui monte et qui n’est point battu ;
Et que pourtant, s’il dût recommencer sa vie,
C’est le plus rude encor qui lui ferait envie !
Et, plein de ces pensers, comme il allait errant,
Il vit l’Alphée, un fleuve au rapide courant,
Une subite joie éclaira son visage :