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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/81

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LES ÉCURIES D’AUGIAS


 
Augias, roi d’Élis, avait trois mille bœufs.
Plein d’aise en les voyant, il chérissait en eux
Le bien qu’avaient accru ses longs jours économes.
Mais le Destin jaloux en veut au bien des hommes :
Les murs où s’abritait le mugissant bétail,
Désertés, n’étaient plus qu’un vaste épouvantail,
Car des ruisseaux vaseux de la vieille écurie
Surgissait une blême et terrible Furie,
La peste ! Et la campagne était lugubre à voir :
Plus de sillons, partout le gazon sec et noir
Sous un rayonnement qui semblait immobile.
Les pâtres ayant fui vers l’ombre de la ville,
On voyait çà et là des bœufs maigres errer.
Seul au ciel, Apollon, glorieux d’éclairer,
Mais irrité souvent des choses qu’il éclaire,
Dardait de longs traits d’or tout brûlants de colère.