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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/245

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De violer les destinées,
D’abattre les hommes sans choix,
Et d’atteindre en les races nées
Les races à naitre à la fois.

Les couples d’amours qui demeurent
Font cependant de nouveaux nids ;
Parmi tant d’isolés qui pleurent
Ils se sentent mieux réunis ;

Ils se blottissent mieux ensemble
Après tant de jours alarmants ;
Le retour du baiser leur semble
Plus doux que ses commencements,

Ainsi, comme ils surent s’attendre
Un long hiver, la neige aux pieds,
Ils se sont rejoints dans la cendre
Des anciens toits incendiés ;

Fils de la nature éternelle
Par qui les champs ont refleuri,
Les amours, invaincus comme elle,
Vont réparer le sang tari.