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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/23

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PROFANATION


 
Beauté qui rends pareils à des temples les corps,
Es-tu donc à ce point par les dieux conspuée
De descendre du ciel sur la prostituée,
De prêter ta splendeur vivante à des cœurs morts ?

Faite pour revêtir les cœurs chastes et forts,
D’habitants à ta taille es-tu si dénuée ?
Et quelle esclave es-tu pour t’être habituée,
Souriante, à masquer l’opprobre et ses remords ?

Beauté, retourne au ciel, va-t’en, tu te profanes ;
Fuis, et n’avilis plus aux pieds des courtisanes
Le génie et l’amour qui n’y cherchent que toi.

Déserte pour jamais le blanc troupeau des femmes,
Ou qu’enfin, se moulant sur le nu de leurs âmes,
La forme leur inflige un front de bonne foi !