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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/221

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Et vous qui ciselez l’or des coupes légères,
            Les celliers vous laissent mourir.

Le pâle tisserand, courbé devant ses toiles,
Ne contemple jamais l’azur ni les étoiles ;
            Mais il parvient à se couvrir,
            La froidure ne l’atteint guères ;
Vous qui tramez le rêve en dentelles légères,
            Les longs hivers vous font mourir.

L’audacieux maçon qui, d’étage en étage,
Suspend sa vie au mince et frêle échafaudage
            A bien des dangers à courir ;
            Mais ses fils auront des chaumières ;
Vous qui dressez vers Dieu des échelles légères,
            Sans foyer vous devez mourir.

Tous vaincus, mais en paix avec la destinée,
Aux approches du soir, la tâche terminée,
            Reviennent aimer sans souffrir
            Près des robustes ménagères ;
Vous qui poursuivez l’âme aux caresses légères,
            Les tendresses vous font mourir.