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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/220

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LA CHANSON DES MÉTIERS


 
Ceux qui tiennent le soc, la truelle ou la lime,
Sont plus heureux que vous, enfants de l’art sublime !
            Chaque jour les vient secourir
            Dans leurs quotidiennes misères ;
Mais vous, les travailleurs pensifs aux mains légères,
            Vos ouvrages vous font mourir.

L’austère paysan laboure pour les autres,
Et ses rudes travaux sont pires que les vôtres ;
            Mais il retient, pour se nourrir,
            Sa part des gerbes étrangères ;
Vous qui chantez, tressant des guirlandes légères,
            Les moissons vous laissent mourir.

Le rouge forgeron, dans la nuit de sa forge,
Sue au brasier brûlant qui lui sèche la gorge ;
            Mais il boit, sans les voir tarir,
            Les petits vins dans les gros verres ;