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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/200

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L’AGONIE


 
Vous qui m’aiderez dans mon agonie,
          Ne me dites rien ;
Faites que j’entende un peu d’harmonie,
          Et je mourrai bien.

La musique apaise, enchante et délie
          Des choses d’en bas :
Bercez ma douleur ; je vous en supplie,
          Ne lui parlez pas.

Je suis las des mots, je suis las d’entendre
          Ce qui peut mentir ;
J’aime mieux les sons qu’au lieu de comprendre
          Je n’ai qu’à sentir ;

Une mélodie où l’âme se plonge
          Et qui, sans effort,
Me fera passer du délire au songe,
          Du songe à la mort.