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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/184

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LA COLOMBE ET LE LIS


 
Femme, cette colombe au col rose et mouvant,
       Que ta bouche entr’ouverte baise,
Ne l’avait pas sentie humecter si souvent
       Son bec léger qui vibre d’aise.

Elle n’avait jamais reçu de toi tout bas
       Les noms émus que tu lui donnes,
Ni jamais de tes doigts, à l’heure des repas,
       Vu pleuvoir des graines si bonnes.

Elle n’avait jamais senti ton cœur frémir
       Au vivant toucher de son aile,
Ni ses plumes trembler sous ton jeune soupir,
       Ni tes larmes rouler sur elle.

Tu la laissais languir captive dans l’osier,
       Et vainement d’un sanglot tendre,
D’un sanglot suppliant elle enflait son gosier,
       Tu ne daignais jamais l’entendre.