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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/181

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Puis un long roulement, un vaste branle-bas,
           Pareil au bruit d’un char de tôle
Attelé d’un dragon toujours fumant et las,
           Qui souffle à chaque effort d’épaule ;

Puis soudain serpenta dans l’infini du soir
           Un sifflement lugubre, intense,
Comme le cri perçant d’une âme au désespoir
           En fuite par le vide immense.

Or, c’était un convoi que j’entendais courir
           À toute vapeur dans la plaine.
Il passa, laissant loin derrière lui mourir
           Son fracas et sa rouge haleine.

Le passage du monstre un moment ébranla
           Les carreaux étroits des fenêtres,
Fit geindre un clavecin poudreux qui dormait là
           Et frémir des portraits d’ancêtres ;

Sur la tapisserie Actéon tressaillit,
           Diane contracta les lèvres ;
Un plâtras détaché du haut du mur faillit
           Briser l’horloge de vieux Sèvres.