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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/158

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LA LAIDE


 
Femmes, vous blasphémez l’amour, quand d’aventure
Un seul rebelle insulte à votre royauté ;
Ah ! C’est un pire affront qu’en silence elle endure
La jeune fille à qui la marâtre nature
A dénié sa gloire et son droit : la beauté !

L’amour ne luit jamais dans l’œil qui la regarde ;
Elle pourrait quitter sa mère sans périls.
La laide ! On ne la voit jamais que par mégarde ;
Même contre un désir sa disgrâce la garde,
Pourquoi les jeunes gens l’accompagneraient-ils ?

Les jeunes gens sont fats, libertins et féroces.
La laide ! Pourquoi faire et qu’en ont-ils besoin ?
Ils la criblent entre eux de quolibets atroces,
Et c’est un collégien que, dans les bals de noces,
On charge de tirer cette enfant de son coin.