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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/132

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LA GRANDE ALLÉE


 
C’est une grande allée à deux rangs de tilleuls.
Les enfants, en plein jour, n’osent y marcher seuls,
         Tant elle est haute, large et sombre.
Il y fait froid l’été presque autant que l’hiver ;
On ne sait quel sommeil en appesantit l’air,
         Ni quel deuil en épaissit l’ombre.

Les tilleuls sont anciens ; leurs feuillages pendants
Font muraille au dehors et font voûte au dedans,
         Taillés selon leurs vieilles formes ;
L’écorce en noirs lambeaux quitte leurs troncs fendus ;
Ils ressemblent, les bras l’un vers l’autre tendus,
         A des candélabres énormes ;

Mais en haut, feuille à feuille, ils composent leur nuit :
Par les jours de soleil pas un caillou ne luit
         Dans le sable dur de l’allée,
Et par les jours de pluie à peine l’on entend