Ouvrir le menu principal

Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/107

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LA VOIE APPIENNE


 
Au temps rude et stoïque où l’on savait mourir
Sans plus rien regretter et sans plus rien attendre
Où l’on brûlait les morts, ne gardant que leur cendre,
Afin que rien d’humain n’eût l’affront de pourrir ;

Avant que pour jamais la nuit des catacombes
Eût posé sur le monde un crêpe humide et noir,
Et que la foi,-mêlant la terreur à l’espoir,
Eût mis l’éternité douteuse au fond des tombes,

Les tombes n’étaient point d’un abord odieux :
Les Romains qui sortaient par la porte Capène
Sur la voie Appia marchaient, voyant à peine
Ces antiques témoins qui les suivaient des jeux.

Un chaud soleil dorait les dalles de basalte,
Et dans cette campagne au grand sourire clair,
Ces monuments pieux et sereins n’avaient l’air
Que d’inviter la vie à quelque heureuse halte !