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Nous demandons à tout objet perçu, sa cause, sa fin, son moment et son lieu, et ces idées d’origine, de but, de temps et d’espace, ne sont, avons-nous dit, que des abstractions des propres conditions de notre nature active, révélée par la conscience. Or les axiomes expriment simplement que tout objet perçu est soumis aux mêmes conditions, et il y est soumis précisément parce qu’il est perçu et qu’à ce titre il participe de notre essence qui le perçoit. Ainsi, quand nous percevons un mouvement, un phénomène, nous ne pouvons le concevoir sans l’assimiler à nos actes volontaires qui ont une cause, une destination, un moment, un lieu, et leur substratum en nous ; nous disons donc : tout phénomène suppose une substance, une cause, un but, un espace et un temps. Tous nos groupes de sensation sont assujettis à ces conditions qui sont les seuls axiomes. Nous n’appelons pas de ce nom les jugements premiers et évidents qui résultent de l’analyse même de l’objet et qui n’en sont, au fond, que la définition. Deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles, parce que, par définition, deux quantités sont égales quand elles ont une même mesure, laquelle peut être l’une d’elles ou une troisième. La seule analyse de l’idée d’égalité fournit l’idée de mesure et par suite l’expression de l’égalité par la mesure ; ce n’est point un axiome. Il y a dans l’axiome proprement dit, attribution faite à l’objet d’un élément qui n’y est pas manifesté par l’analyse ; et cet élément, puisé, selon nous, dans notre propre essence, nous l’attribuons à l’objet perçu parce qu’il ne serait pas perceptible s’il ne participait de notre essence. Nous jugeons les choses en tant qu’elles sont humaines et selon le degré où elles le sont. Un être intelligent qui n’aurait pas la volonté serait incapable de sentir pour l’objet perçu la