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grande découverte astronomique, trouvent une sanction inattendue dans les plus récents travaux de nos chimistes. Sainte-Claire Deville, par sa théorie de la dissociation qui assimile la décomposition au phénomène de la tension des vapeurs, et Mayer par sa conception du choc des molécules qui résout l’affinité dans un travail mécanique, semblent bien préparer la fusion des phénomènes chimiques et physiques. Toutefois cette fusion est loin d’être opérée encore, et la propriété chimique échappe à toute formule mathématique ; ce qu’on a seulement établi, c’est l’extrême importance des conditions physiques où elle se manifeste ; on pourra même arriver à mesurer l’affinité par la chaleur ; mais il n’est pas du tout certain que l’affinité puisse être réductible à l’agent physique.

En chimie organique, la théorie moléculaire commence en effet à rencontrer d’assez grandes difficultés. Les corps organiques se révèlent à nous comme des unités en quelque sorte plus riches, plus variées que les corps inorganiques ; à mesure quon approche des unités vivantes, les produits accusent, pour nos sens du moins, une essence plus délicate et plus avancée. On s’attend à y rencontrer des principes constituants plus nombreux ou un principe propre plus important, mais soumis à l’analyse, ces produits se résolvent en carbone, azote, oxygène et hydrogène ; leurs innombrables différences doivent donc, dans la théorie atomique, s’expliquer toutes par les proportions pondérales et les dispositions relatives diverses des molécules de ces corps élémentaires. Bien que, dans un système mécanique, l’addition ou la suppression d’une composante puisse produire de graves perturbations, il faut avouer néanmoins que les révolutions totales apportées dans les propriétés des composés par la perte ou l’acquisition d’une