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elle la définit par un rapport tiré des effets de l’activité, quelle que puisse être la nature intime de l’être actif : la masse, c’est l’expression du rapport qui existe entre la valeur numérique d’une force constante quelconque et la valeur numérique de la vitesse pendant l’unité de temps : définition peu compromettante qui a l’avantage de laisser entière la question de substance, et qui du reste est la seule utile au calcul.

Nous venons d’indiquer comment les découvertes modernes de la physique sur la cause extérieure des sensations doivent modifier la notion spontanée de la matière ; les plus récentes découvertes sur la transformation des agents physiques les uns dans les autres n’y contribueront pas moins. Nous ne pouvons les passer complètement sous silence.

La physique ne se borne pas, en effet, à rechercher comment le monde entre en communication avec les sens, par quels agents et par quel mode d’action il les impressionne ; elle étudie en outre la mutuelle dépendance de nos sensations, comment elles se modifient sous l’influence combinée des agents qui les déterminent. Elle découvre que les perceptions, si différentes entre elles, de résistance, de lumière, de chaleur, d’électricité, de magnétisme, peuvent, dans des circonstances favorables, se substituer les unes aux autres ; qu’on peut changer la lumière en chaleur, celle-ci en force, celle-ci en électricité, etc., et réciproquement. Ce fait prend une extrême importance, en venant corroborer et compléter la loi précédemment établie, à savoir que le mode d’impression des agents extérieurs, dits fluides impondérables, sur nos sens est unique, réductible dans tous les cas à un phénomène de l’ordre tactile. Il conduit à penser que ces agents ne sont pas réellement distincts, mais qu’ils ne sont que les