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le poète.



Une suprême fin lie entre eux tous les cœurs ;
Elle se cache à nous et pourtant nous attire,
Par le même idéal hantés, sans nous le dire,
Dans nos communs transports, dans nos vagues langueurs.

Cet idéal émeut jusques à ses moqueurs,
Sur la place publique, aux jours de saint délire
Où d’un peuple, vibrant comme une immense lyre,
L’âme unique s’exhale en formidables chœurs !

Nous pressentons alors quelque cité dernière,
Où s’uniront nos mains, nos fronts dans la lumière,
Tous frères, et rois tous par un sacre pareil ;

C’est dans notre tourmente une vive éclaircie,
Dont nous reste longtemps la splendeur obscurcie,
Comme aux yeux refermés luit un profond soleil.