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Puisqu’il m’est bien connu, le mépris souverain
Des Destins et des Dieux pour le droit en souffrance,
Que ne sais-je imiter leur sage indifférence !
D’où vient qu’un tort causé m’est encore un chagrin ?

Que pouvant assouvir, le front haut et serein,
Toutes mes passions, sans gêne, à toute outrance,
J’admets dans ma conduite une sourde ingérence,
Je ne sais quel censeur dont je subis le frein ?

Comment donc se fait-il que mon cœur répudie
Les absolutions de ma raison hardie ?
Aurait-il des raisons qu’elle ne comprît pas ?

Elle informe, elle instruit ; serait-ce lui qui juge ?
Que dis-je ! la Justice, au lieu de fuir mes pas,
N’aurait-elle qu’en moi, dans mon cœur, son refuge




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