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Je contemplais les nuits sans nul présage amer,
Quand, jadis, me leurrait leur promesse illusoire,
Comme un enfant qui suit, du haut d’un promontoire,
Les feux rouges et bleus des fanaux sur la mer.

Mais aujourd’hui j’ai peur de l’uniforme éther :
Depuis que ma terrasse est un observatoire,
Je songe, connaissant la terre et son histoire,
Que tout astre, sans doute, a son âge de fer.

Tu seras terre aussi, toi qu’on nomme céleste,
Et tu te peupleras pour la guerre et la peste,
Étoile ; et je te crains, car j’ignore où je vais :

J’ai peur que les destins ne soient partout les mêmes,
Puisque le sort du monde est quelque part mauvais,
Et que les fins pour moi sont toutes des problèmes.




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