Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1878-1879, 1886.djvu/178

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Nul germe en l’Univers ne tire du néant
De quoi fournir son type et tarir sa puissance ;
Chaque vie à toute heure est une renaissance
Où les forces ne font qu’un échange en créant.

Aussi tout animal, de l’insecte au géant,
En quête de la proie utile à sa croissance,
Est un gouffre qui rôde, affamé par essence,
Assouvi par hasard, et, par instinct, béant.

Aveugle exécuteur d’un mal obligatoire,
Chaque vivant promène écrit sur sa mâchoire
L’arrêt de mort d’un autre, exigé par sa faim.

Car l’ordre nécessaire, ou le plaisir divin,
Fait d’un même sépulcre un même réfectoire
À d’innombrables corps, sans relâche et sans fin.




________