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poésie. Selon l’opinion commune, la poésie perd ses caractères propres dès que le sujet traité cesse d’être aisément accessible aux esprits de moyenne culture. J’ai plus d’ambition pour mon art : il me semble qu’il n’y a, dans le domaine entier de la pensée, rien de si haut ni de si profond, à quoi le poète n’ait mission d’intéresser le cœur. Si j’ai trop présumé de mes forces, je retournerai de bonne grâce à des compositions moins difficiles pour moi, mais sans regret de ma témérité, car on ne peut nier l’utilité d’éprouver la puissance d’un art et d’en chercher les limites.

Dans cette tentative, loin de fuir les sciences, je me mets à leur école, je les invoque et les provoque. La foi était un compromis entre l’intelligence et la sensibilité ; l’une des deux parties s’y est reconnue lésée, et aujourd’hui toutes les deux se défient excessivement l’une de l’autre. La raison et le cœur sont divisés. Ce grand procès est à instruire dans toutes les questions morales ; je m’en tiens à celle de la justice. Je voudrais montrer que la justice ne peut sortir ni de la science seule qui suspecte les intuitions du cœur, ni de l’ignorance généreuse qui s’y fie exclusivement ; mais que l’application de la justice requiert la plus délicate sympathie pour l’homme, éclairée par la plus profonde connaissance de sa nature ; qu’elle est, par conséquent, le terme idéal de la science étroitement unie à l’amour.

Les sinistres événements qui ont abaissé notre patrie m’avaient, pour la première fois, forcé de voir de près, et à nu, les plaies, jusque-là dissimulées, d’un corps social qui dans la déroute a perdu tous ses voiles. Quel spectacle ! Un pessimisme plein d’amertume avait supplanté ma confiance en la dignité humaine. Plusieurs sonnets composés à cette époque ont trouvé