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À JULES GUIFFREY




Mon cher ami,




Je te dédie ce poème, s’il m’est permis d’appeler de ce nom un ouvrage qui, j’en ai peur, paraîtra n’avoir d’un poème que le mètre et la rime. La poésie est réputée faite seulement pour charmer, et ne trouve le lecteur disposé à aucun effort. J’avoue que ces pages ne visent point à charmer ; elles visent à intéresser certains esprits anxieux, et ne peuvent se lire sans quelque attention. Peut-être ne m’accordera-t-on pas que j’aie fait œuvre de poésie ; j’aurais toutefois fait œuvre d’art, si mes vers étaient jugés bons. Le vers est en effet la forme la plus apte à consacrer ce que l’écrivain lui confie, et l’on peut, je crois, lui confier, outre tous les sentiments, presque toutes les idées. J’essaye donc cette forme sur une matière moins concrète que ne l’est d’ordinaire celle de la