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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/324

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Où rampait le sentier nous déployons la route ;
Ce qu’un aveugle instinct surprit et révéla,
Nous l’expliquons ! Le ciel n’est plus pour nous la voûte,
Mais l’infini ! Les dieux ? Nous renversons cela !
Le quadrige est vaincu, nous tenons un Génie
Qui fume, haletant d’un utile courroux,
Et, dans l’oppression d’une ardente agonie,
Attache au vol du temps l’homme pensif et doux.
La Vérité farouche en son repaire antique
Ne sait où reculer sous l’éclair qui la suit ;
Elle est traînée enfin sur la place publique,
Les yeux charmés du jour et honteux de la nuit.
La Liberté, qui pleure en comptant ses victimes,
Pareille à la Phryné, se voile encor le front ;
Ses vieux juges, pesant son âme avec ses crimes,
Par sa beauté vaincus, les lui pardonneront.
Pour nous décourager il fallait moins attendre :
La douleur en travail nous laisse voir son fruit.
On s’est trop bien battu, poète, pour se rendre ;
Nous planterions l’espoir sur l’univers détruit.
Et parce que ta sœur, la sensible Harmonie,
Voyant au fil du luth frémir tes larmes d’or,
Juge à des mots rêvés que la joie est finie
Et t’emporte avec elle en un suprême essor,