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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/291

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Le vainqueur indolent au front chargé de treilles.
Les arbres s’incliner jusque dans les corbeilles,
Et les marbres, sortis des monts aux larges flancs,
Se ranger dans l’azur comme des palmiers blancs,
C’est qu’une voix savante accompagnait la lyre,
Et, des peuples domptant le primitif délire,
Par l’harmonie apprit à ces troupeaux humains
La féconde union des esprits et des mains,
L’ordre, ce lent bienfait des paisibles querelles,
Et l’art, ce jeu voulu des forces naturelles.

Les hommes se parlaient sans un langage appris :
La peine et le plaisir s’exhalaient dans les cris ;
La terreur bégayait des prières farouches ;
Le soupir échangeait les âmes sur les bouches ;
Dans le rire éclatait l’étonnement joyeux,
Et le discours trahi s’achevait dans les yeux ;
Peut-être au bord des eaux, seul et baissant la tête,
Quelque sauvage enfant qu’on eût nommé poète,
Las de son ignorance et plein d’un vague ennui,
Sollicitait les joncs à pleurer avec lui,
Mais quoi ! si la Nature a fait cette merveille
D’accorder les frissons du cœur et de l’oreille,
Quel art plus merveilleux, disciplinant le bruit,