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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/287

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Car elle est là, Vénus ! elle est là, toute nue.
Elle dort dans la terre, il va la réveiller ;
Il ne l’invente pas, mais il l’a reconnue,
Et son pouce ne fait que la déshabiller !

Au moment où Vénus, comprenant qu’on l’appelle,
Du bloc indifférent sous les doigts curieux
Sort sa divine épaule et sa tète immortelle
Et cherche le sourire et le salut des dieux,

Croyez-vous que l’artiste, émerveillé lui-même,
Devant ce qu’il a fait immobile et transi,
Ne sente pas en lui de la beauté suprême
Un envahissement qui peut tuer aussi ?

L’architecte hardi, père des Propylées,
En porte la figure et le poids sous son front,
Et les pierres demain, nobles et calculées,
D’un vol sublime et sûr pour le ciel partiront ;

L’enceinte monte ; enfin sur les hautes colonnes,
Tranquille et patient, il assoit le fronton,
Comme aux têtes des rois Dieu pose les couronnes,
Et sa grande âme unit Archimède à Platon.