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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/284

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Quand il avait d’amour et peut-être d’envie
Sur une œuvre de Dieu fait battre son côté,
Surpris dans l’idéal un peu de l’autre vie
Et donné de la sienne au corps de la beauté,

Alors, pâle et divin, les yeux ombrés d’un voile,
Mais pleins des feux lointains au paradis puisés,
Il repoussait la femme et portait à la toile
La caresse de l’art, essence des baisers.


III

Hélas ! découvrons-nous un seul plaisir au monde
Dont l’œil ne sorte pâle et le front abattu ?
Laissons l’amour vénal et la débauche immonde,
Regardons la justice et l’art et la vertu.

L’homme ne peut goûter ni le vrai ni le juste,
Il ne peut pas s’unir à toute la beauté :
A penser l’idéal l’esprit le plus robuste
S’épuise, et qui le sent périt de volupté.