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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/278

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Après les jours brillants l’horreur des mauvais jours.
Tu briseras tes lois, tu les voudras refaire,
Et, jouet éternel de tes ambitieux,
Quand l’un te voudra vendre un flambeau qui t’éclaire
L’autre te montera le bâillon jusqu’aux yeux.
A la féroce épée, à la toge hypocrite,
Mendiant tour à tour des chartes pour tes droits,
Tu feras comme nous, ton histoire est écrite :
Flux et reflux sans fin de l’anarchie aux rois.

Ta fortune est vulgaire et nous la croyions belle,
O terre de Colomb ! et, quand la liberté,
A travers l’Océan volant à tire-d’aile,
Vint jeter dans tes bras son corps ensanglanté
Nous la croyions ravie aux soufflets de la guerre,
Et notre amour jaloux l’accompagnait là-bas.
O terre de Colomb ! ta fortune est vulgaire ;
Nous te croyions bénie, et tu ne l’étais pas.

Enfin l’homme a partout tenté la mer profonde :
Il n’est plus d’Amérique où s’enfuir ; les vaisseaux
Ont fait de leur sillage une ceinture au monde,
Et nous n’espérons plus dans l’infini des eaux :
Si loin que l’émigrant veuille pousser ses voiles,