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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/276

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Quand l’étranger funeste, à genoux sur la grève,
Fit à Dieu sa prière, encor pâle d’effroi,
Il le remercia d’avoir béni son rêve
Et donné par ses mains tout un monde à son roi.
Il n’a pas ressenti la paix surnaturelle
Que dépose dans l’âme un sol inexploré ;
Il a vu cette plage et mis le pied sur elle
Sans lui parler tout haut dans un trouble sacré :
« Rien des choses d’Europe ici ne m’accompagne,
O terre, je viens nu sous ton soleil nouveau !
Je ne te plante au cœur ni le drapeau d’Espagne
Ni le vieux labarum rougi comme un drapeau ;
Sur le premier gazon je veux bâtir ma hutte ;
Je mêlerai mon sang au sang des habitants ;
Moi, mes fils et les tiens nous unirons sans lutte
En fraternel faisceau nos fronts indépendants ;
Imitons la forêt dont les chênes robustes
Puisent au sol commun sans batailler entre eux :
Les racines jamais ne font les parts injustes,
Les cimes en chantant se baisent dans les cieux ! »

Mais nos aventuriers trouvaient des mers dociles,
Des fleuves roulant l’or à crever les tamis,
Et, pour guider leurs pas, des peuples imbéciles