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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/272

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Creusons et bâtissons des villes et des ports !
Qui vient à l’horizon nous disputer la terre ?
Debout, les jeunes gens ! c’est moi qui suis le roi !
La gloire, c’est l’éclat du meurtre militaire,
La patrie est la place où je vous fais la loi !
Gloire et patrie ! Allez, ces mots feront fortune.
Des champs de nos voisins n’êtes-vous pas jaloux ?
Que ne leur jetons-nous notre chaîne commune ?
La conquête est un droit, les vaincus sont à nous. »
Puis les vaincus ont dit : « Nous sortîmes tous des frères.
Faisons les lots pareils du labeur et du gain ! »
Et le même drapeau prit des couleurs contraires :
« Je suis aristocrate. — Et moi, républicain.
— Moi, j’aime le tyran qui payait bien mes pères.
— Moi, j’abhorre celui qui tortura les miens.
— Le fort pouvoir d’un seul fait les États prospères.
— L’égal pouvoir de tous fait les grands citoyens.
— Je confesse le Christ. — A Jupiter l’empire.
— Moi, j’ai foi dans Allah ! — Moi, je n’ai foi dans rien. »
Chaque philosophie avec un froid délire
Jetait son ombre vaine à la clarté du bien ;
Chaque religion, jurant par son apôtre,
S’animant de son dieu contre un culte imposteur,
Le fer dans une main, le symbole dans l’autre,