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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/271

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Ses nopals, ses cactus, et ses bois résineux,
Ses nocturnes forêts pleines d’étranges formes
Tordaient paisiblement d’inextricables nœuds.
Ses beaux oiseaux ridaient le golfe solitaire,
Ses lies fleurissaient sous les vents alizés ;
C’était l’hymen fécond du ciel et de la terre,
Et des étés sans fin naissaient de leurs baisers.

Mais, parfois, il passait dans la tiède atmosphère
Un flot d’air étranger, trouble et chargé de sang ;
Une rumeur montait, et de l’autre hémisphère
Le sol semblait au loin frémir en gémissant.

L’homme y recommençait son aventure étrange !
La terre est molle encore et le bonheur a fui ;
Hors de l’arche, aussitôt qu’il eut touché la fange,
L’homme sentit le mal se retremper en lui :
« A moi le fer, le feu, la mer et la campagne !
Rappelons-nous les arts des enfants de Caïn.
A la forge, mes fils ! au labour, ma compagne !
Changeons l’or en écus et les blés mûrs en pain.
Quand les bras sont nombreux, la tâche en est moins dure :
Enchaînons-nous ensemble, unissons-nous d’efforts,
Et, comme des cancers aux flancs de la nature,