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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/270

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Donner à leurs enfants pour berceaux des lianes,
L’infini bleu pour tombe à leurs vieux parents morts.
Et, comme la campagne, ardente et respectée,
Leur prodiguait plus d’or, plus d’oiseaux et de fruits,
De fleurs et de rayons que la route lactée
D’étoiles à leurs yeux dans la splendeur des nuits,
Ces êtres innocents, noyés dans la lumière,
Dans un air plein de sève et de miel et de feu,
Se trouvaient là si bien qu’ils adoraient la pierre,
L’arbre et le firmament, car tout leur était Dieu.
Ils croyaient, peu jaloux de gloire et de conquête,
User assez des biens qui leur étaient offerts,
Quand ils s’étaient noués des plumes à la tête
Ou fait un lit nomade avec des rameaux verts ;
Ils n’avaient pas besoin de transformer les choses,
D’y puiser savamment des éléments meilleurs ;
Ils sentaient leur bonheur, ils en touchaient les causes,
Ils n’avaient pas besoin de le rêver ailleurs.

L’Amérique vivait dans un repos superbe,
Promenant vers la mer ses fleuves aux longs bras,
Balançant dans l’azur sa chevelure d’herbe
Au fracas éternel de ses Niagaras.
Elle poussait au ciel des végétaux énormes,