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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/257

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L’orgueil recule un but qu’il nous force à poursuivre,
Et nous allons toujours, ce vautour au côté :
L’ignorance aux yeux bleus voyait assez pour vivre,
Pour goûter la lumière et choisir la beauté !

Les herbes sont des lits, les branches des berceuses :
Courons-y, désertons nos durs chemins de grès ;
Calmons à la fraîcheur des sources paresseuses
Cette fièvre des pieds que nous nommons progrès.

Ainsi tous, ouvriers d’une diverse tâche,
Car l’un tient la truelle et l’autre le flambeau,
Nous marchions, tourmentés d’une révolte lâche,
Comme si nous menions l’âge d’or au tombeau.


III


O nature intraitable ! humanité farouche !
Non, peuple, tu n’es pas aussi vieux qu’on te fait !
Dès que du bout du sein ta nourrice te touche,
Comme un enfant sevré tu te souviens du lait.