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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/242

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L’invincible sommeil rend les méchants esclaves
Des forfaits que le jour leur faisait oublier ;
Mais aux Socrates purs, dénouant leurs entraves,
         Il donne un démon familier.

La vierge dort, bras nus ; sa poitrine respire,
Flot murmurant qui monte et décroît tour à tour ;
La Pudeur vigilante en se penchant l’admire
Et lutte avec la bouche errante de l’Amour.

Un songe sur sa tête en souriant dispose
Le ruban désiré qu’il montre encor plus beau :
Le bonheur de l’enfant est celui de la rose
         Qui fait ses perles d’un peu d’eau.

Le pâle cénobite en sa cellule close
S’est assoupi, lassé par sa longue oraison ;
Il songe, il croit sentir que sa tête repose
Sur l’épaule du Christ assis dans sa prison.

Le jeune homme, oubliant sa lampe solitaire,
Dans le vaste avenir par l’espoir emporté,
Rêve que la Justice a parcouru la terre
         Sur l’aile de la Liberté.