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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/209

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Pourquoi, fuyant l’été, gagner les sommets froids,
Poursuivre en longs circuits de rares échappées,
Suspendre la frayeur aux pentes escarpées,
Et s’efforcer au ciel par des sentiers étroits ?

Toujours le ciel se ferme aux bornes de la terre ;
Rien ne sert, pour l’ouvrir, d’élargir l’horizon.
Aimons plutôt : le cœur a besoin de prison :
Dès que le mur s’éloigne, il se sent solitaire. »

Ainsi, les yeux levés, pâle, sans air ni feu,
Monte aux faites muets l’âpre Philosophie,
Et la Volupté roule au vallon de la vie,
Sans songer qu’elle y boit dans la coupe de Dieu.

Mais, tous les ans encor, des hommes fous d’espace
Iront, la pique au poing, sur les plateaux des monts
D’où volent les regards, jetés comme des ponts
Qui portent l’âme à Dieu sur le printemps qui passe.

Là, ces fiers pèlerins n’ont d’ombre que la leur ;
Nul ne rit de l’extase où leur âme se noie ;
Et, s’ils n’entendent plus les hymnes de la joie,
Ils ne frémissent plus des cris de la douleur.