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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/202

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LA TRACE HUMAINE


 
Nous marchons : devant nous la poussière se lève,
Elle reçoit nos pas et les ensevelit ;
Mais l’espace nous suit sans rupture ni trêve :
Il sait quel long voyage un seul homme accomplit.

Tant de pieds ont déjà foulé la même place
Que les grains du pavé ne les nombreraient pas.
Si chaque homme après soi laissait partout sa trace,
Quels bizarres circuits vous feriez sur ses pas !

L’un vous imposerait un va-et-vient fidèle
De son lit au comptoir, du comptoir à son lit ;
L’autre vous mènerait, de semelle en semelle,
De son grenier natal au palais qu’il remplit.