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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/197

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A moi l’ombre des bois où le rayon scintille,
A toi du jour d’en haut l’immense égalité ;
A moi le nid bruyant de ma douce famille,
A toi l’exil jaloux dans ta froide unité.

Tu peux être éternel, il est bon que je meure :
L’évanouissement est frère de l’amour ;
J’ai laissé quelque part mes dieux et ma demeure :
Le charme de la mort est celui du retour.

Mais ce n’est pas vers toi que la mort nous ramène :
Tes puissants bras sont faits pour ceindre l’univers ;
Ils sont trop étendus pour une étreinte humaine,
Nul n’a senti ton cœur battre en tes flancs déserts.

Non, le paradis vrai ressemble à la patrie :
Mon père en m’embrassant m’y viendra recevoir ;
J’y foulerai la terre, et ma maison chérie
Réunira tous ceux qui m’ont dit : Au revoir.

En moi je sentirai les passions renaître
Et la chaude amitié qui ne trahit jamais,
Et tu m’y souriras la première peut-être,
O toi qui sans m’aimer as su que je t’aimais !