Ouvrir le menu principal

Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/192

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Mais la vitesse accrue avec l’hymne de joie
Précipite la ronde et fait siffler les airs ;
Le sol chancelle et fuit, le firmament tournoie,
Un effréné vertige emporte l’univers.

Dans sa course, la mer, sous les vents qui la rasent,
Allume son phosphore aux subtiles clartés ;
Les étoiles rayant l’immensité l’embrasent,
Et l’arc-en-ciel des nuits rougit ses flots lactés.

C’est la magicienne aux yeux forts qui les guide ;
Debout, elle figure autour d’elle à ses pieds
Un cercle accru toujours et toujours plus rapide
Qui les charme et les traîne à sa vertu liés.

Des poils d’ours et du sang bouillonnent dans un vase.
Cette femme qui tourne enroule à chaque tour
Ses cheveux sur son corps, toute pâle d’extase.
Enfin d’épuisement elle tombe. il fait jour…

La face des ruisseaux brille sous les yeuses ;
Le pâtre réveillé se dresse vers le ciel.
Il se dit : « J’ai rêvé des choses merveilleuses. »
Et le monde est rentré dans son ordre éternel.