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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/191

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Et le pitre endormi savoure le repos
En un grand palais d’or fait par la main d’un songe.
Mais voici qu’on entend d’eux-mêmes les échos
S’appeler d’un cri pur que le désert prolonge…

Un rire, plus léger que n’est le rire humain,
Vole ; un soupir le suit ; toute la terre chante,
Et tout le ciel devine, en tressaillant soudain,
Qu’une magicienne aux yeux puissants l’enchante.

Un silence effrayant, brusque, interrompt les voix ;
Les astres étonnés s’arrêtent tous ensemble ;
Puis une autre musique étrange monte ; il semble
Que la terre et le ciel s’ébranlent à la fois.

Oui, c’est le bercement d’une valse très lente ;
La forêt en subit l’irrésistible élan :
Elle va, les prés vont, et la lune indolente
Marche, et le zodiaque entraîne l’Océan.

Les vaisseaux, gracieux comme des jeunes filles,
S’éloignent en cadence et deux à deux des ports,
Et, comme en un bassin circuleraient des billes,
Les lies en tournant voyagent bords à bords.