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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/154

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NAISSANCE DE VÉNUS


 
Quand la mer eut donné ses perles à ma bouche,
Son insondable azur à mon regard charmant,
Elle m’a déposée, en laissant à ma couche
Sa fraîcheur éternelle et son balancement.

Je viens apprendre à tous que nul n’est solitaire,
Qu’Iris naît de l’orage et le souris des pleurs ;
L’horizon gris s’épure, et sur toute la terre
L’Érèbe encor brûlant s’épanouit en fleurs.

Je parais, pour changer, reine des harmonies,
Les rages du chaos en flottantes langueurs ;
Car je suis la beauté : des chaînes infinies
Glissent de mes doigts blancs au plus profond des cœurs.