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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/106

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Vous ne distrairez pas les malheureuses mères,
             Tant qu’elles pleurent leurs enfants ;
Les discours ni le bruit ne les soulagent guères :
             Recueillez leurs larmes amères,
             Aidez leurs soupirs étouffants :

Il faut que la douleur par les sanglots brisée
             Se divise un peu chaque jour,
Et dans les libres pleurs, dissolvante rosée,
             Sur le tombeau qui l’a causée
             S’épuise par un lent retour.

Alors le désespoir devient tristesse et plie,
             Le cœur moins serré s’ouvre un peu ;
Ce nœud qui l’étreignait doucement se délie,
             Et l’âme retombe affaiblie,
             Mais plus sage et sereine en Dieu.

La douleur se repose, et d’étape en étape
             S’éloigne, et, prête à s’envoler,
Hésite au bord du cœur, lève l’aile et s’échappe ;
             Le cœur s’indigne… Dieu qui frappe
             Use du droit de consoler.