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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/101

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Fleur sans Soleil


 
Ce qui la peut guérir, cette enfant le repousse.
« Oui, je l’aime, et j’en souffre, et ma douleur m’est douce,
             Dit-elle, et j’en veux bien mourir.
Sa voix me donne au cœur une vive secousse,
             Mais j’en tressaille avec plaisir.

« Son pas est différent du pas des autres hommes,
Et si j’entends ce bruit près des lieux où nous sommes,
             Ma mère, je rougis d’émoi ;
Quand tu parles de lui, quand surtout tu le nommes,
             Je baisse les yeux malgré moi.

« S’il connaissait le peu qui me rendrait heureuse,
S’il daignait embellir la tombe qu’il me creuse
             D’une fleur de son amitié !
Mais il croit que son âme est assez généreuse
             En m’honorant de sa pitié. »