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Est-ce par ton flambeau qui brûle, qui dévore,
Que des nobles instincts le germe doit éclore ?
Nous applaudirons-nous de ton règne absolu ?
D’un triomphe effréné si ton âme est jalouse,
Irais-tu donc choisir pour sœur ou pour épouse
La jeune fille qui t’a lu ?

Moi-même je l’avoue, au plus fort de l’ivresse,
La honte teint mon front et le regret m’oppresse,
Et je veux renier ta gloire et mon serment :
Puis Satan, ou le ciel, hélas ! me jette encore,
Sur ton pas qu’on maudit, que de fleurs on décore,
Qui nous retient comme l’aimant.

Depuis que je me suis attachée à ta course,
Pour moi combien d’ennuis ! de haines quelle source !
Tous les miens ont rompu les nœuds les plus sacrés.
On ne veut plus me voir, m’aimer ni me connaître ;
On m’abhorre, on me fuit comme l’on fuit un être
Qui hante les pestiférés !

À mes épanchements, si quelquefois je cède,
Ne crois pas que l’envie ou que l’orgueil m’obsède,
Ni que j’ose d’en bas monter à ta hauteur,
Que je veuille insulter à ta palme suprême,
Comme à Rome l’esclave escortait d’anathème
La gloire du triomphateur.