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que Beethoven. Faire l’aumône de soi, toute sa vie, à des misérables, et se donner sans compter à des œuvres sublimes, où les plus nobles créatures trouveront ce pain, que le blé ne produit pas, — ici ou là, quelle charité est la plus grande ? — Je m’imagine que Tolstoï est plus irrité de la puissance de l’art que de ce qu’il ne peut pas. Il est blessant, pour les apôtres, que l’artiste touche au divin, par les voies, en apparence, de l’égoïsme ; plus d’un en eût été découragé, s’il avait été mieux instruit. C’est pourquoi ils sont, le plus souvent, des hommes simples, au grand cœur, d’esprit fruste ; l’ignorance leur permet d’avoir en mépris ce qu’ils ne connaissent pas. Quand ils s’en vont, à Athènes, casser les statues à coups de marteaux, il est fort heureux que l’horreur des idoles, comme ils disent, occupe toute leur pensée : car, s’ils avaient quelque idée de Phidias et de Praxitèle, ils en comprendraient à demi les dieux, et ils ne les briseraient pas.


X
SUR L’HUMOUR DE TOLSTOÏ


Souvent Tolstoï renverse son ennemi par le