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VIII
D’UNE OBJECTION CAPITALE AUX THÉORIES DE TOLSTOÏ


Je ne trouve point convenable qu’on se serve contre Tolstoï des arguments ordinaires, et propres à une discussion en forme. Il est manifeste que sa doctrine repose, comme une religion, sur un acte de foi ; peu importe si, d’aventure, il le fait à la raison : la grâce n’y a pas moins de part qu’en tout abandon de l’amour-propre à l’amour de Dieu.

L’objection la plus forte qu’il y ait aux théories de Tolstoï, — c’est Tolstoï lui-même. Non pas sa vie, ses défaillances, — qu’il avoue d’un cœur si admirable ; ni ce passé, magnifique en œuvres de toute sorte, qu’il désavoue, pour nous le rendre plus cher ; et, glorieux vieillard, dont il accroît la gloire, en ne s’y bornant pas. Cette difficulté capitale vient de son caractère. En un mot, sans ce que Tolstoï condamne, il n’eût jamais trouvé en lui la force ni la grandeur d’âme nécessaires pour le condamner. S’il n’avait été un des plus passionnés