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car les objets des sens dépendent encore plus des lois universelles que ceux de la pensée.


VI


SUR L’ORGUEIL DE TOLSTOÏ


L’orgueil de Tolstoï est immense ; mais on en juge mal, communément. Beaucoup de personnes sont blessées des arrêts tranchants qu’il porte, depuis qu’il prononce sur le bien et le mal, sur la bonne et la mauvaise qualité des œuvres, par rapport à la morale chrétienne. Et peut être n’est-on si sensible à la sévérité de ses jugements que depuis le temps où il se mêle de prononcer sur les ouvrages de l’esprit. En France, comme à Florence ou à Athènes, la sévérité en cette matière ne se pardonne pas ; et presque tout le monde y voit de l’insolence, car chacun craint de passer par cette épreuve, s’imagine maltraité, et se révolte à l’avance de l’être.

Quand Tolstoï ne faisait pas le procès de l’Art, il ne paraissait pas d’un orgueil si intolérable. Ce n’est pas qu’il l’eût moins âpre et moins fort, mais il ne s’exerçait que touchant la vie, la vérité et le