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prétention de compter par lui-même une vanité absurde. La politique slave est une expression concrète de cet esprit. La vie universelle hante leur pensée ; et leur foi n’élude jamais cette toute-présence. De là, leur grandeur morale et leur rôle dans le monde ; elle en doit être l’espoir contre le génie automate des peuples saxons : si tant est qu’il ne soit pas illusoire de nourrir une espérance quelconque pour le genre humain. Il ne vous est pas mauvais, en tout cas, de l’entretenir. Comme vous espérez pour vous, ne désespérez pas de lui : vous y avez votre intérêt.

Les Russes savent souffrir ; ils l’aiment, cette souffrance, et en pratiquent la communion, qui seule permet un amour si singulier. La mesure qu’ils font de toutes choses à l’étalon unique du bien, les engage à les toutes dédaigner. Ils pratiquent, de nature, cette vie éternelle, qui rend misérables les promesses de l’autre. De la sorte, ils ne daignent, ou ne savent pas vouloir.


IV


QUE LA DIFFICULTÉ FAIT L’IDÉAL MÊME


On conclut : la philosophie de Tolstoï est une doctrine de vieillard. Et Tolstoï, en effet, va