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II


SUR UNE IDÉE ÉPICURIENNE ET ÉVANGÉLIQUE DE LA VIE


Tolstoï ne raisonne jamais sur des idées pures ; il les ramène toutes à des faits. Sa religion est impossible à entendre, si on la sort du fait. La théorie n’est à ses yeux que l’ensemble de la pratique. Il n’est pas facile d’en repousser les conséquences. Au temps où j’ai cru en lui, il ne me paraissait pas possible de faire son salut sans cultiver la terre. L’idée fondamentale de Tolstoï est celle de l’Évangile : Jésus montre de petits enfants à ses disciples, et il leur dit : « Soyez pareils à ces petits, si vous voulez entrer dans le Royaume des Cieux. » — Pour Jésus, comme pour tous les Anciens, et pour Tolstoï même, le Royaume des Cieux, c’est la vie heureuse. Pour être heureux, il faut être comme de petits enfants. Jésus est le Dieu d’un peuple d’enfants passionnés, qui met une violence de feu à vouloir cette vie heureuse, — et ne l’a jamais crue impossible un seul moment. Ce peuple même est mort avec son Dieu, — je dis ceux qui l’ont